L’aquarelle…à ma façon

Je suis souvent confrontée à des personnes qui me montrent leurs essais d’aquarelle. Il s’agit la plupart du temps d’aquarelle pratiquée à sec, c’est-à-dire sans mouiller la feuille au préalable. Cela se respecte, et les résultats sont parfois satisfaisants surtout pour l’aquarelle que j’appelle « botanique ». Personnellement, ce n’est pas ma méthode : j’aime soit mouiller la feuille avant de travailler, soit mouiller de grandes parties du travail, mais de toutes façons, au fur et à mesure que sèche le papier, je viens lui redonner sa petite dose d’eau…c’est de l’ « aqua »relle, non ?

A- L’EAU

I- Comment profiter des effets du papier mouillé:
C’est ce qui  permet d’aborder les flous en laissant le pigment se disperser à la faveur de l’eau (il m’arrive de préparer ce pigment dans un petit verre et de le « jeter » sur le papier mouillé: incroyables alors les effets obtenus à condition d’avoir le poignet assez souple pour faire glisser la couleur en tournant sa planche ou son bloc ! on peut aussi se servir d’un vaporisateur pour maintenir l’humidité de la feuille sans la noyer). Faites un essai, c’est très ludique et cela détend…

1-Exemple avec cette aquarelle où toute la couleur a diffusé, le pinceau s’est contenté de diriger certaines coulures, et de faire tomber de nouvelles teintes par pressions ; puis presque à sec une ou deux petites touches pour rehausser l’ensemble…En tirant l’eau et la couleur avec un pinceau sec, j’ai réussi à donner l’impression d’un ruisseau ou d’un chemin, peu importe, d’une ouverture, disons, vers plus loin.

2-Dans cette aquarelle représentant des becs croisés, même méthode, mais par zones de la feuille. Dans ce flou obtenu, j’insère peu à peu d’autres taches de couleur, jusqu’à ce que le travail soit un peu moins trempé. Je peux alors aborder  les détails sans que la couleur diffuse encore.

 La méthode sera modifiée en fonction du thème, mais le principe reste le même:

de l’eau,
                               de l’eau,
                                                                 de l’eau…

II- Transparence:
Par ce travail de l’eau, nous allons pouvoir éviter la surcharge de pigment. C’est une bonne méthode pour les fonds, les décors, pour les forêts, les arbres. C’est le cas ici où tout est suggéré sauf l’arbre de droite, point d’ancrage qui permet de donner une ligne de fuite.

Astuce : pour ne pas perdre la transparence, il faut éviter de mélanger soit plus de trois couleurs primaires, soit plus d’une complémentaire + une      primaire . En gardant la transparence, vous garderez aussi la luminosité.

III-Luminosité:

Je privilégie toujours la lumière: dans cette aquarelle, c’est le choix des couleurs qui va permettre de la mettre en valeur (certains tons de bleu, mélange de bleu et d’une touche de terre de sienne brûlée, à essayer au préalable etc…)

Voir l’astuce plus haut

 

Dans l’aquarelle ci-contre, je n’ai pas utilisé de blanc, le blanc c’est celui du papier, je donne cette précision car on me l’a souvent demandé ! Seuls le choix des couleurs et les contrastes permettent de rendre cet effet de lumière intense.

Astuce: pour ne pas perdre la luminosité, il est bon de la situer dès le début du travail et de ne jamais la perdre de vue. Attention, parfois l’adjonction                             ou la juxtaposition d’une couleur suffisent à la faire perdre…

IV-Contrastes
Pour accentuer la lumière, on intensifie les contrastes

Ici, les nuées sont soulignées par la montagne (mélange de bleu outremer et de sienne brûlée). La forêt est peinte d’un vert pérylène puissant auquel vient s’ajouter une pointe d’alizarine. Devant par contre c’est un flou léger et imprécis qui laisse deviner !

 

 

B-Le Travail en Négatif
Usage
Fleurs
Maisons
Animaux
etc…
But : Travailler de l’extérieur pour mettre le sujet en relief
fleur-papillon fleur et papi

Ainsi qu’on peut le voir dans ces deux ébauches successives, le fond va être créé peu à peu, le pinceau revient vers la fleur comme pour la soulever, ce qui va lui donner du volume.

Mieux aussi

moutons0002
Ce travail en négatif permet de faire ressortir chaque mouton par rapport au précédent sans le dessiner.

Et plus encore

Avec le travail en négatif, nous allons pouvoir aussi traiter la neige.

Imaginez-vous, en plein hiver, en train de pelleter courageusement la neige: vous la soulevez de bas en haut, alors faites la même chose avec votre pinceau sans vous tromper de sens.

première neige022

 

 

 

 

 

 

Et la feuille me direz-vous ?
C’est le même travail en veillant à l’orientation du pinceau, magique, non ?

C-Le sens du pinceau

 

Félicieoslo de st-jean 03 04

 

 

 

 

 

 

 

Pour vous expliquer ce que j’entends par « le sens du pinceau », j’ai préféré choisir Félicie et Oslo, mais les explications que je vais donner sont valables pour tous les thèmes.

Regardez attentivement les poils de ces deux animaux, et vous verrez qu’ils vont dans des sens très différents. Si vous voulez rendre la souplesse de leur fourrure et la traduire au mieux, il va falloir assouplir votre poignet pour donner à votre pinceau le mouvement nécessaire.

Chez Oslo par exemple, il faudra partir de la base des poils pour aller vers l’extérieur: un pinceau éventail vous aidera dans ce travail, mais il faudra vous exercer auparavant sur une feuille de brouillon de façon à ce que votre geste n’ait plus aucune raideur.

Astuce: Pensez simplement que lorsque vous caressez un animal, vous ne le faites pas à rebrousse-poils. Imaginez votre geste, reproduisez-le avec votre pinceau.

J’attire aussi votre attention sur les yeux de Félicie: les poils qui les cernent ont eux aussi un mouvement qui leur donne de la vie.

Les explications que j’ai données sont valables pour tous les thèmes: eh oui, il suffit souvent de savoir regarder pour trouver le sens dans lequel on va devoir passer son pinceau: la montagne par exemple, s’agit-il de strates ou de falaises; les fleurs et leurs feuilles, dans quels sens s’étirent les pétales, dans quel sens les feuilles ? etc…

strates

Ces deux photos devraient vous permettre de mieux comprendre mes explications.

falaises

 

 

 

 

 

 

MES STAGES DE DESSIN BOTANIQUE

DESSIN BOTANIQUE

ECLAIRAGE :
A l’intérieur, près d’une fenêtre, lumière arrivant vers la gauche, jamais à contre-jour.
A l’extérieur, dos au soleil pour que la feuille soit dans l’ombre.
(Ne pas hésiter à contourner le sujet pour trouver la bonne position.)

APPRENDRE A DESSINER : Apprendre à dessiner, c’est apprendre à observer.

Avant de dessiner ou peindre des fleurs, il est utile de se représenter leur structure (dissection)

OBSERVER
les formes de base

sphère (cœur de fleur, bouton etc…)

sphere-trait-structure (1)
tube (tige, tronc etc…)cylindre
cône (corps de fleur)cône
coupe ou demi-sphère (cœur de fleur, intérieur de fleur ou de bouton)demi-sphère

Ensuite, construire la fleur dans la forme qui lui convient, sans oublier les valeurs : les pétales du premier plan sont plus larges pour donner une perspective .250px-Illustration_Lilium_martagon0_clean

La fleur peut parfois s’insérer dans deux formes, par exemple le cône et l’ellipse (voir jonquille : trois pétales et en retrait trois sépales qui s’organisent autour de l’axe : le tube de la tige) ; parfois, pour le narcisse par exemple, l’axe forme un angle plus ou moins marqué avec la tige.jonquille

Les feuilles : c’est la nervure qui va donner leur forme et leur orientation. Ensuite les deux lignes qui délimitent les bords.
Parfois la feuille prend un mouvement tournant et les deux lignes traversent la nervure centrale. C’est l’ombre qu’on va porter sous la feuille qui donnera le relief. Ne jamais perdre de vue la nervure centrale qui donne l’orientation à la feuille.

dessins botaniques

 

Volumes et ombres
Pour donner du volume à la fleur, il faut jouer avec les ombres, en tenant compte de la lumière.

Après avoir placé la fleur dans la forme qui convient, on va situer les ombres portées en fonction de l’inclinaison de la plante .
Que ce soit au crayon, à l’encre de chine ou à l’aquarelle, le sens donné au coup de crayon, ou au coup de pinceau, va être d’une extrême importance pour donner le volume. En général, comme pour le poil d’un animal qu’il faut toujours caresser dans le bon sens, il faut passer crayon ou pinceau dans le sens du pétale.
Il faut bien faire la distinction entre le dessin artistique et le dessin botanique (voir plus haut les lis martagon.) Le dessin de fleur artistique se pratique dans un flou, même au crayon, on va éviter la trop grande précision de traits, éviter les contournements, travailler en « négatif »pour faire ressortir le sujet. A l’aquarelle, on va privilégier le travail dans l’eau (beaucoup d’eau même ).

Les Pavots

Pavots
(DZ)

Marmonnier

Orchidées
 (A.Marmonier)

 

 

 

 

 

 

 

Par contre en dessin botanique, plus de précision, on contourne la fleur ou la feuille, on amène des ombres qui vont souligner les volumes. En cas de travail à l’aquarelle, le dosage de l’eau est plus modéré. On va aussi privilégier le coup de pinceau qui part du cœur de la fleur pour aller vers la pointe du pétale, sans revenir sur le travail. L’essentiel aussi est de rester très léger dans l’application de la couleur. Ne pas multiplier les couches de crayon, ni les couches de couleur, rester dans la transparence, garder les lumières blanches (on ne mélange pas plus de trois primaires ou une primaire et une complémentaire).

3 réponses à L’aquarelle…à ma façon

  1. MADELEINE dit :

    Merci pour tous ces conseils qui vont bien m’aider dans le mouillé sur mouillé que j’ai encore du mal à maîtriser Bien artistiquement Made

  2. Anonyme dit :

    Merci pour vos bons conseils tres precis et tres pratiques. Cordial salut!

    Tico

  3. miss Marple dit :

    Merci infiniment de partager ce savoir avec nous!
    Je débute à l’ aquarelle et vos conseils me seront très utiles.
    Cordialement.
    miss M.

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